MasterMood · agenda de l'humeur

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L'humeur se ressent.
Ce qui la fait varier, non.

Le sommeil de la nuit dernière, une contrariété de mardi, le cycle en cours : ces déterminants agissent sans se signaler, et l'introspection ne les livre pas. Le principe est celui des jeux de déduction — une combinaison que personne ne voit, et que l'on reconstitue essai après essai à partir de ce que chaque coup révèle. Une notation quotidienne, tenue assez longtemps, les rend déductibles.

C'est l'enquête que cet agenda propose de mener, et que son nom annonce : maîtriser l'humeur, non par la volonté, mais en découvrant ce qui la gouverne. Concrètement, une grille d'une page remplie en moins d'une minute chaque soir, où l'humeur vécue et l'humeur attendue sont notées séparément — parce que c'est leur écart, et non le niveau brut, qui renseigne. Puis, quand les semaines s'accumulent, une page qui reprend la grille et cherche ce qui a précédé chaque variation : les prodromes de ce patient-là, datés en jours.

111213141516171819202122
4
3
2
1XXX
0XX
-1XXXX
-2XXXX
-3XXX
-4
Douze jours d'un même patient. Les X donnent l'humeur vécue, le rond l'humeur attendue compte tenu du contexte. Du 11 au 13, le X est dans le rond : la thymie suit la situation. À partir du 14 elle s'en détache et descend jusqu'à trois crans en dessous, avant de rejoindre le rond le 22. Aucune moyenne mensuelle ne montrerait ce décrochage.

Le postulat

L'humeur est une fonction, pas un état

Un être humain isolé ne survit pas. L'humeur peut se lire comme un ensemble de fonctions qui varient dans le temps pour maintenir l'individu ajusté à son groupe — comme l'étourneau dans sa nuée ou la sardine dans son banc, dont la survie ne tient pas à la vitesse propre mais à la capacité de virer avec les autres. Elle monte et elle descend non par accident, mais parce qu'il faut pouvoir covarier.

Il suit de là qu'une humeur immobile n'est pas une humeur saine : l'étourneau qui cesse de virer sort de la nuée. Et qu'une humeur qui bouge sans rapport avec ce qui l'entoure ne l'est pas davantage. Ce n'est donc pas le niveau qui renseigne, mais l'ajustement.

C'est ce qui donne son sens au second repère de la grille. Coter l'humeur seule revient à relever un écart sans connaître la référence. Le O est cette référence — ce que la situation appelait — et elle est pour l'essentiel sociale.

La notation

Pourquoi deux marques et non une

Une thymie médiane n'est en soi le signe de rien : ni le mois d'un mariage ni celui d'un deuil n'appellent une humeur au centre de l'échelle. Coter l'humeur sans coter le contexte revient à lire un chiffre sans son unité.

L'agenda note donc deux choses distinctes sur la même échelle de +4 à −4. Le X est l'humeur vécue. Le O est l'humeur attendue : celle que la situation psychologique et sociale rendait prévisible. Le patient les pose lui-même, et l'exercice de poser le O est déjà, en soi, un travail d'élaboration.

4
3
2
1
0
-1
-2X
-3
-4

Le X dans le O

Réaction proportionnée, quelle que soit sa valeur absolue. Une tristesse à −2 un mois après un deuil ne demande pas de traitement : elle demande d'être reconnue.

4
3
2
1
0
-1
-2
-3X
-4

Le X sous le O

La thymie est plus basse que ce que la situation appelait. C'est la configuration qui oriente vers un épisode dépressif, y compris quand la vie du patient va objectivement bien.

4
3X
2
1
0
-1
-2
-3
-4

Le X au-dessus du O

Une humeur haute dans un contexte qui ne l'explique pas. Isolée elle ne prouve rien ; répétée, et accompagnée d'un sommeil qui se raccourcit, elle mérite d'être regardée.

Ce qu'une cotation unique perd

L'amplitude de la journée

Deux X peuvent être posés le même jour : le plus haut et le plus bas atteints. Le trait qui les relie donne la labilité, que la cotation d'un seul point écrase. Une humeur qui oscille de six crans dans la journée et une humeur stable de même moyenne ne décrivent pas le même patient — et n'appellent pas la même conduite.

67891011
4
3X
2X
1XXX
0X
-1
-2X
-3XX
-4
Le 7 et le 8, puis le 10, la journée s'étale sur plusieurs crans autour d'un contexte inchangé. C'est la lecture qui rend la grille utile dans le syndrome prémenstruel, les cycles rapides et la dysrégulation émotionnelle, où la moyenne quotidienne est précisément l'information qu'il ne faut pas retenir.

Autour de l'humeur

Vingt et une variables, toutes modifiables

Sous le bloc humeur, la grille suit ce qui peut l'expliquer. Les variables sont groupées en bandes de couleur, et chacune se renomme, se déplace, se supprime : la grille se règle sur le patient, et non l'inverse. Trois lignes sont laissées vides pour ce qui n'était pas prévu — écran, douleurs, migraines, ce que le patient jugera pertinent.

Sommeil Durée, temps au lit sans dormir, heure du coucher, heure du lever, sieste
Ressenti Ruminations, énergie, joie et euphorie, irritabilité, tristesse, anxiété, plaisir
Action Niveau d'activité, activité physique, vie sociale
Consommation Alcool, cafés, cigarettes, quantité d'alimentation
Cycle Libido, menstruations
Traitement Médicament de fond, médicament si besoin — et l'observance se lit d'un coup d'œil sur la ligne

Lecture

Le mois est son propre étalon

Chaque ligne se colore seule, du bleu au rouge, sur la distribution du mois en cours. La couleur ne dit pas « anormal » : elle dit « inhabituel pour ce patient, ce mois-ci ». C'est ce qui fait ressortir la nuit blanche isolée ou la semaine de ruminations sans avoir à parcourir trente et une colonnes de chiffres.

🛌 Durée de sommeil7.5876.54789.587.557
💭 Ruminations (/10)324697423384
Le sens de l'échelle se règle variable par variable. Ici la nuit à quatre heures ressort en rouge, et le pic de ruminations avec elle — deux lignes distantes dans la grille, dont la coïncidence saute aux yeux une fois colorées.

L'enquête

Ce qui annonce l'épisode, chez ce patient-là

Un épisode ne commence pas le jour où l'humeur tombe. Il s'annonce — une nuit qui raccourcit, des ruminations qui reviennent, une irritabilité qui monte — mais ces prodromes sont propres à chacun, et personne ne les reconnaît sur le moment. Quelques semaines de grille suffisent à les faire ressortir : c'est le travail de la page d'interprétation, qui lit l'agenda déjà saisi sur l'appareil et ne demande rien de plus au patient.

Elle pose à chaque ligne la même question, à plusieurs distances : « la valeur de cette variable il y a k jours va-t-elle avec l'humeur d'aujourd'hui ? » Les variables dont la réponse tient sont rangées par le décalage auquel elles répondent le mieux — la plus précoce à gauche, l'humeur au bout. C'est la déduction que la grille rendait possible, faite pour vous.

J−4
Sommeil
se raccourcit
→
J−3
Irritabilité
monte
→
J−2
Ruminations
montent
→
J−1
Anxiété
monte
→
J0
Humeur
décroche
Une séquence reconstituée sur trois mois de grille, chez un patient. Elle ne vaut que pour lui : chez un autre, la même page fera ressortir d'autres lignes, à d'autres distances — et c'est précisément l'intérêt. La liste des signaux à surveiller devient celle de ce patient, et non celle d'un manuel. Une fenêtre de quatre jours sépare ici le premier signe du décrochage.

Ce qui ressort est retenu sévèrement, parce qu'une série temporelle piège les statistiques ordinaires : la valeur d'hier ressemble à celle d'aujourd'hui, et le test habituel déclare alors significatif à peu près n'importe quoi.

Une chronologie n'est ni une causalité ni un pronostic : deux signes qui se succèdent peuvent découler d'une même troisième cause, et rien ici n'annonce l'humeur de demain. Ce que la page produit est plus utile que cela — une courte liste de signaux, datés, à confronter à ce que le patient raconte, et qu'il apprend ensuite à reconnaître lui-même.

Voir la page d'interprétation

Données

Il n'y a rien à héberger

Aucune donnée n'est collectée. Pas de compte, pas de serveur, pas de base : la grille est enregistrée dans le navigateur du patient, sur son appareil, et n'en sort que s'il exporte lui-même un fichier ou imprime la page.

La contrepartie, à dire au patient. Un historique qui ne quitte pas l'appareil est un historique qui disparaît avec lui : changer de téléphone, effacer les données du navigateur ou naviguer en privé suffit à tout perdre. Demandez-lui d'exporter son fichier une fois par mois, et de vous l'apporter en consultation avec la grille imprimée.

En résumé

Ce que MasterMood fait

Six choses, et elles tiennent dans une page ouverte le soir pendant une minute.

Portée

La grille documente, le clinicien conclut

Tout ce que l'outil produit reste au niveau de l'observation : des marques posées par le patient, une couleur calculée sur son propre mois, une chronologie tirée de ses propres données. Rien n'est agrégé en un indice, comparé à une norme extérieure, ni transformé en conclusion. L'interprétation commence là où l'outil s'arrête, et elle vous appartient.

En pratique

Le proposer à un patient

Remplissez la journée d'hier avec lui

En consultation, sur son téléphone. Le X d'abord, le O ensuite. C'est le seul moment où la distinction entre les deux s'explique vraiment, et cinq minutes passées là valent mieux qu'une notice.

La première semaine, l'humeur et le sommeil seulement

Une grille complète abandonnée au bout de dix jours renseigne moins qu'une grille partielle tenue trois mois. Les autres variables s'ajoutent quand l'habitude est prise.

Relisez-la ensemble, colonne par colonne

En vous arrêtant sur les jours où le X s'écarte du O, et sur les cases que la couleur a fait ressortir. Le patient explique sa grille : c'est souvent là que l'entretien commence.

Pour aller plus loin

Situer le terrain avant de lire la grille

L'agenda est prospectif : il n'enregistre que les jours qui viennent, et ne dit rien de ceux qui ont précédé. Il ne voit pas davantage ce qui ne varie pas d'un jour à l'autre — un trait, un antécédent, une comorbidité restée au second plan.

C'est pourtant ce fond qui décide du sens de la grille : une forte amplitude quotidienne ne se lit pas de la même façon sur une impulsivité, une anxiété sociale ou une cyclothymie. Un instrument rétrospectif et un agenda ne se remplacent pas — le premier situe, le second suit.

MindScaler

Une bibliothèque d'échelles validées, à passer en consultation ou à distance par lien.

BDIPHQ-9GAD-7MDQ CyclothymieHyperthymieMAThySASRS LiebowitzY-BOCSPCL-5PDSS AlexithymieImpulsivitéRosenberg
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Site distinct, du même auteur.

L'ordre qui fonctionne le mieux : les échelles d'abord, pour situer le terrain ; l'agenda ensuite, remis au patient, pour suivre ce qui bouge.

La grille se remplit directement dans le navigateur.